Bloc-notes de Jean-Michel Salaün

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Repérage de données sur l'économie des documents dans un environnement numérique
Mis à jour : il y a 13 heures 12 minutes

Précisions sur les modalités du cours en ligne

ven, 06/27/2008 - 17:59

Voici quelques nouvelles sur le cours en ligne qui s'ouvrira à la session d'automne (1er sept) :

  • Comme il s'agit d'un projet pilote, l'Université de Montréal a décidé d'ajuster ses tarifs. Pour tou(te)s les étudiant(e)s libres qui souhaitent s'inscrire à la session d'automne, quelle que soit leur provenance, les tarifs seront ajustés au plus bas, c'est-à-dire comme les étudiant(e)s québécoi(se)s, soit 277,19 CAD. Ce qui est plus raisonnable, mais il n'est pas assuré que ces tarifs soient maintenus pour les sessions à venir, en effet le subventionnement public des inscriptions au Québec est soumis à des règles complexes pour le moment peu adaptées à l'enseignement en ligne.
  • Par ailleurs, l'ensemble du matériel du cours sera en accès libre (diaporama, commentaires son, bibliographie). Les étudiant(e)s inscrit(e)s auront en plus l'encadrement pédagogique, l'interaction avec le professeur et l'assistant, les discussions sur le contenu, les travaux à réaliser et leur correction et, bien sûr, les crédits associés au cours à condition qu'ils aient satisfait à toutes les exigences.
  • Le cours sera contingenté. J'hésite encore sur le nombre, entre 10 et 15 étudiant(e)s maximum.
  • Pour les modalités et l'inscription, voir ici, pour le contenu voir .
  • J'ai aussi ajouté une catégorie Cours sur ce blogue pour accéder directement aux billets le concernant. ici

Je crois que l'on arrive à une économie du savoir équilibrée avec cette formule.

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La loi ne contruit pas un modèle d'affaires

dim, 06/22/2008 - 07:45

Le mauvais feuilleton de la défense du droit d'auteur versus le droit du lecteur, ou des industries traditionnelles du contenu versus les industries ou les acteurs du Web (sans émettre un quelconque jugement de valeur, je nommerai dans la suite par facilité de langage anciens et modernes les tenants de l'un et l'autre camp) se poursuit en France, avec une énième version de loi dite «Hadopi» discutée au Parlement et au Canada avec le dépot d'un projet de loi dit «C-61», pas plus inspirant, sur le même sujet.

Pour ceux qui veulent suivre : Pour le Canada, voir sur Culture Libre d'Olivier Charbonneau en faisant la requête C-61 (ici). Pour la France, voir la Quadrature du net ()

Mais le feuilleton est mauvais, car l'intrigue est mal ficelée. Les anciens accusent les modernes d'abuser des facilités du Web pour piller les contenus, sans constater qu'une bonne part de ces contenus sont librement et volontairement accessibles, ou qu'à trop brider l'accès on tue création et innovation. Les modernes accusent les anciens de défendre des rentes de situation, sans proposer d'alternative réellement crédible pour financer les contenus et, par conséquent, en faisant le lit de quelques gros opérateurs qui utilisent l'accès pour s'enrichir sans contrepartie.

En réalité, le problème n'est pas vraiment juridique. Tout le monde est d'accord pour dire qu'il faut trouver une solution équilibrée entre l'ancien régime et le nouveau. Le problème est économique, ou plutôt gestionnaire. Et de ce point de vue, la situation est aujourd'hui très déséquilibrée, aussi bien d'un côté que de l'autre. Ainsi on peut argumenter à l'infini puisque la situation est insatisfaisante, sans trouver de solution juridique, puisque le problème n'est pas là.

Dans l'ancien régime, les ayant-droits, les créateurs de contenu, sont rémunérés à partir de grilles de répartition obsolètes, gérées par des institutions à l'histoire souvent prestigieuse mais au fonctionnement opaque. En théorie, le financement est proportionnel aux ventes, en pratique, comme les canaux de diffusion se sont multipliés, rendant souvent difficile un comptage précis, les modalités de répartition sont disons variées. Pire, ces systèmes laissent de côté une grande part de la création sur le Web.

Dans le nouveau régime, le principe de l' User Generated Content interdit le plus souvent la rémunération des créateurs de contenu. À la limite cette situation peut être analysée comme un servage sous la férule des portails et moteurs, qui, eux, en tirent un très fort profit. De ce point de vue, les batailles libertaires peuvent faire sourire.

La difficulté donc est de construire un modèle d'affaires qui permettrait de rémunérer aussi bien les créateurs issus de l'ancien régime que la multitude de nouveaux créateurs de contenu que le nouveau régime a fait émerger, évidemment proportionnellement à leur apport au patrimoine collectif. Une fois cette difficulté résolue, il y a fort à parier qu'un consensus juridique se trouvera facilement.

Cette difficulté n'est pas nouvelle dans l'histoire. Patrice Flichy a, dans un article déjà ancien, montré combien l'émergence de la radio ressemblait à celle de l'internet. Le parallèle est frappant, y compris dans la difficulté à trouver un modèle d'affaires :

Patrice Flichy, “Technologies fin de siècle : internet et la radio,” Réseaux, no. 100 (2000): 249-271. (ici)

Jean-Marie Leray amène, aujourd'hui me semble-t-il, un argument beaucoup plus convaincant que les débats juridiques en montrant comment une analyse fine des transactions publicitaires sur l'internet permet de comprendre à la fois la rente de Google (par Adwords) et en esquissant une alternative pour mieux rémunérer les créateurs de contenu par les rentrées publicitaires. Au moment où Google règne plus que jamais en maître absolu, imaginer des alternatives devient en effet urgent. Et à terme le plus important est de trouver comment rémunérer le contenu sur le Web.

Le Ray, Jean-Marie, Inverser la traîne (Turning the Tail), Passer de la longue traîne à la grande traîne (from Long Tail to Big Tail), Adscriptor, 21 juin 2008. ()

Actu du 26 juin 2008

Emmanuel Parody présentant les nouveaux outils de statistique d'audience librement accessible de Google, montre combien ce dernier a intérêt à rendre gratuit l'accès au contenu, et combien cela change notre rapport au marché :

Google Trends et Ad planner: et si c’était idéologique?, Ecosphere, juin 25, 2008. ici

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Gros lecteurs, vraiment ?

ven, 06/20/2008 - 10:19

Voici un argument de poids en faveur de la lecture traditionnelle qui devrait faire réfléchir Hubert :

Shields Margot, Tremblay Mark S. Comportements sédentaires et obésité, Statistiques Canada, 19 juin 2008. Synthèse ici, Étude ()

Extrait du résumé :

L'étude, fondée sur des données relatives à 42 600 hommes et femmes âgés entre 20 et 64 ans, a permis de dégager des preuves convaincantes de l'existence d'un lien positif entre le temps passé devant le téléviseur et l'obésité, et ce, tant chez les hommes que chez les femmes. Il s'agit de l'une des premières études reposant sur un ensemble de données représentatives de la population nationale dans le but d'examiner les liens entre les comportements sédentaires et l'obésité chez les Canadiens adultes.

L'étude a également mis en lumière un lien entre l'utilisation d'un ordinateur et l'obésité, et ce, chez les deux sexes. Par contre, aucun lien n'a pu être établi entre une troisième activité sédentaire, la lecture, et l'obésité, ni chez l'homme ni chez la femme.

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Information (Sciences de l')

mer, 06/18/2008 - 14:18

La Faculté des Sciences de l'Information (Faculty of Information Studies) de l'Université de Toronto change de nom le 30 juin pour s'appeler Faculté d'Information. Je cite son doyen dans un message envoyé à ses collègues canadiens (trad JMS) :

Bien qu'apparemment mineur (la suppression d'un seul mot «Sciences», «Studies»), nous le voyons comme un développement significatif et prometteur. (..)

Couramment, nous nous attendons à ce que que la faculté soit connue comme l'École d'Information («i-school») ou comme «Information» (et non pas FI ou un autre acronyme). Comme nos collègues de Droit, de Médecine, etc.. nous serons nommés par la matière que nous étudions, pas par l'étude de cette matière. Nous espérons aussi que ce nouveau nom présentera plus clairement et directement la mission de la Faculté.

Ce changement symbolise la montée en puissance des sciences de l'information, pardon de l'information, en Amérique du nord. Il s'inscrit dans le développement des i-schools porté par les plus grosses écoles du domaine aux États-Unis.

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Les arcanes de la publicité sur internet

sam, 06/14/2008 - 15:38

La suite logique du billet précédent sur le tsunami internet est l'enjeu publicitaire qu'il constitue. Il est très clairement présenté dans un article publié hier qui détaille les arcanes, plus ou moins réjouissantes, de la publicité sur internet :

Martine Valo, “Comment la publicité envahit Internet ,” Le Monde 2 , juin 13, 2008. ici

Pour donner envie de le lire, voici le dernier paragraphe :

Pendant ce temps-là, Jean-Pascal Mathieu, du Lab – une équipe de recherche au sein de Nurun, une grosse agence internationale –, s'efforce d'anticiper les utilisations futures des nouvelles technologies. Ainsi, qu'est-ce que le marketing sera capable de tirer du livre électronique ? Il pourra l'offrir en prime, puisqu'Internet a "la capacité de distribuer sans coût des choses qui ont de la valeur", pour reprendre sa citation qui laisse rêveur. Autre piste de réflexion : si un ami est une personne dont l'avis compte, comment fournir à un consommateur un avantage qu'il pourra lui-même transmettre à un proche ? "Notre capacité d'absorption est atteinte depuis longtemps. Proposer des choses intelligentes est le seul moyen de s'insérer dans le temps de cerveau disponible de chacun", assure le vice-président stratégique. Cet homme-là, comme il le dit lui-même, est un optimiste.

Mais comme par ailleurs, une étape, peut-être décisive, a été franchie avec l'accord Yahoo!-Google dans le feuilleton de la tentative de rachat par Microsoft du premier, la position déjà très dominante de Adwords est encore renforcée. Aussi les sophistications décrites dans l'article pourraient bien se réduire à une seule modalité, simplissime dans sa présentation ultime : l'achat de mots-clé pour positionner des liens sponsorisés.

Sur ce sujet, voir par exemple le billet de Didier Durand :

Google-Yahoo: good for all? not really..., Média & Tech, 13 juin 2008.

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Le tsunami internet

ven, 06/13/2008 - 17:25

Deux publications récentes, l'une québécoise, l'autre française, précisent l'évolution des pratiques sur l'internet.

CEFRIO Léger Marketing, NETendances - Rapport abrégé Final. (Communiqué)

Pierre Berret, “Diffusion et utilisation des TI en France et en Europe”, Ministère de la Culture - DEPS, no. 2008-2, Culture chiffres (juin 2008): 4. ici

J'en ai tiré tout d'abord deux diagrammes convergents. Le premier concerne l'évolution de l'utilisation hebdomadaire de l'internet par les Québécois selon leur âge. L'évolution est très impressionnante et ne laisse aucun doute sur l'entrée du média dans la vie ordinaire des gens, de tout le monde en réalité.

Le second, tiré de la publication française, montre l'évolution du pourcentage de particuliers ayant utilisé l'internet au cours des trois derniers mois répartie aussi par tranche d'âge, dans l'Union européenne (réduite à 15 pays) et en France. Il montre un niveau d'utilisation un peu inférieur à celui du Québec, mais une même orientation des courbes. Il y a peu de doute que dans quelques années la saturation sera totale d'un côté et de l'autre de l'Atlantique.

Ces courbes fournissent de plus une réponse à la question posée sur l'évolution possiblement différente en âge et en génération (voir ). En réalité leur parallélisme laisse penser que nous sommes bien dans une vague de fond qui touche progressivement l'ensemble de la population et finira par la submerger toute entière.

Parmi bien d'autres, j'ai retenu deux leçons supplémentaires de la lecture de ces études : d'une part le commerce électronique se développe, mais moins vite que ce qui était souvent annoncé et on y achète des produits traditionnels, souvent culturels mais d'abord touristiques (voyages, hotels) ; d'autre part l'internet est utilisé principalement pour deux activités, rechercher des informations sur les biens et services et communiquer. Cela relativise l'idée d'un Web-média.

Actu 21 juin 2008

Voir aussi pour le Canada :

Enquête canadienne sur l'utilisation d'Internet, Statistiques Canada, 2007, ici

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Wikipédia dérange toujours

jeu, 06/12/2008 - 09:31

La question des encyclopédies sur le Web pose toujours bien des questions. Ce n'est pas vraiment étonnant. L'Encyclopédie est l'objet qui illustre peut-être le mieux le savoir à l'époque moderne et le Web déroute la modernité du savoir. Le mariage des deux engendre un enfant mutant, phénix ou vilain petit canard, que personne n'arrive à réellement analyser correctement.

On trouvera chez Olivier une chronique des concurrences entre encyclopédies traditionnelles et mutantes. Tout particulièrement ces deux billets :

  • Ertzscheid Olivier, Bataille encyclopédique, Affordance, 14 mai 2008, ici.
  • Ertzscheid Olivier, C'est wikipédie qui l'est : vers une guerre de position, Affordance, 11 juin 2008

Et Laure Endrizzi a réalisé une bonne synthèse actualisée sur l'aventure Wikipédia pour une journée d'études récente :

  • Endrizzi Laure, Wikipédia 2001-2008 : état des lieux, Journée professionnelle de l'ADBEN Angers : Wikipédia : comment appréhender cet outil collaboratif avec des élèves ? CDDP d'Angers, 31 mai 2008, ici

Elle coordonne aussi un Wikilivre sur le sujet

Actu du même jour

Décidément le titre de ce billet est approprié. Voici la présentation d'une étude de Euro RSCG C&O :

WIKIPEDIA CANNIBALISE L’IMAGE DES ENTREPRISES DU CAC 40 ET DE LEURS DIRIGEANTS, Communiqué, 10 juin 2008 ici.

Résumé :

  • 39 entreprises du CAC 40 voient l’article Wikipédia les concernant positionné sur la 1ère page de Google.fr
  • 29 dirigeants du CAC 40 voient l’article Wikipédia portant sur leur biographie arriver en 1ère position sur Google.fr
  • Wikipédia devenue une source d’informations majeures sur les entreprises et leurs dirigeants concurrençant fortement les sites officiels ;
  • La fiabilité et la véracité des informations publiées par l’encyclopédie collaborative sont contestées et mises en doute. Elles participent malgré tout à la construction de l’image de l’entreprise et de leurs dirigeants et peuvent nuire à la valeur de la marque.
  • Pour permettre aux entreprises d’apporter leurs voix dans un souci d’égalité des prises de parole, Euro RSCG C&O, leader de la communication d’entreprise en France propose la création d’un nouveau standard de communication, le NDLE (note de l’entreprise), dans le respect du principe de neutralité propre à l’encyclopédie.

L'ensemble du communiqué originel mérite lecture.

Repéré par D. Durand (ici) qui commente un article de ZDnet à ce sujet ().

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Persistance du livre

mer, 06/11/2008 - 14:23

J'ai déjà eu l'occasion de le répéter maintes fois. Le plus remarquable pour le livre n'est pas son passage au numérique, mais sa résistance sur papier. Une récente enquête réalisée pour la maison Random House fournit des confirmations et précisions intéressantes :

The Reading and Book Buying Habits of Americans, Zogby International, mai 2008. Pdf. repéré grâce à Pinitiblog ici.

L'enquête a été passée en ligne auprès d'un échantillon de 8.218 adultes américains. A priori, faute d'éléments supplémentaires sur la méthodologie, on peut lui faire une relative confiance, d'autant que les résultats ne sont pas favorables au numérique, du moins pour la lecture, pour l'achat c'est autre chose.

En voici un échantillon suggestif (dans l'ordre des numéros de question, trad JMS) :

Où achetez-vous le plus souvent des livres ?

  • En ligne = 43%
  • dans une chaîne de librairie = 32%
  • chez un libraire indépendant = 9%

Quel format de livre achetez-vous le plus souvent ?

  • Relié = 43%
  • e-book = 0%

Quel vendeur en ligne fréquentez-vous ?

  • Amazon = 66%
  • Barnes & Noble = 10%

Prévoyez-vous d'acheter une tablette de lecture (liseuse, e-book reader) ?

  • Oui je le prévois = 4%
  • Oui, j'en ai une = 3%
  • Non je ne prévois pas d'en acheter = 80%
  • Pas sûr = 13%

Avez-vous déjà acheté un livre numérique (e-book) ?

  • Oui = 15%
  • Non = 85%

La réponse est encore plus radicale pour un clavardage avec un auteur ou la participation à un groupe de lecture en ligne : 95% de non.

Naviguez vous sur le Web pour des livres sans savoir exactement ce que vous cherchez ?

  • Oui = 62%
  • Non = 37%

Éloquent, non ?

Actu du 16 juin 2008

On peut aussi prendre le raisonnement à l'inverse et s'interroger sur le modèle économique du livre électronique. On trouvera plein de comptes-rendus d'expérience et d'interrogation après la tenue du premier Bookcamp à Paris :

Guillaud Hubert, BookCamp : Atelier Economie de l’édition numérique, La Feuille, 16 juin 2008. ici

Sans minimiser l'intérêt de toutes ces expériences et analyses, il est frappant qu'après tant d'années on n'ait que si peu avancé. En 2000, la vedette du Salon du livre de Paris était le « village du e-book » (). Voir par exemple à la même époque la déclaration de Jean-Pierre Arbon, pdg de 00h00h et principal artisan de ce village :

L'heure de l'édition en ligne, février 2000.

En 2006, on annonçait son retour, après avoir tiré le bilan de ses échecs :

Livre numérique 1996-2006, E-book, le retour, Fluctuat.net, dossier,

Cruel. Pour une chronologie complète, voir l'excellent dossier d'Educnet

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Inscriptions au cours en ligne

mar, 06/10/2008 - 09:17

Cet automne je vais assurer le cours en ligne sur l’économie des documents, monté en parallèle à ce blogue. On trouvera sa présentation ici.

Le cours démarre début septembre et se termine vers le 20 décembre, à raison d’une séance par semaine environ. C’est un cours de la maîtrise en sciences de l’information de l’Université de Montréal. Il s’adresse donc tout d’abord aux étudiants de la maîtrise. Des diplômés de la maîtrise peuvent aussi s’y inscrire pour une actualisation de leurs connaissances. En ce sens, il donne 3 crédits nord-américains (1 cr nord-américain = 1,5 crédits ECTS).

Mais je souhaiterais utiliser ma position à cheval sur deux cultures, québécoise et française, nord-américaine et européenne, pour tenter une ouverture plus large à des étudiants ou professionnels internationaux. L’objectif est de faire profiter d’autres publics de l’investissement réalisé, mais aussi inversement de profiter des apports d’expériences variées pour enrichir les échanges dans le cours.

Pour être admis, il est indispensable d’avoir déjà une maîtrise/master en sciences de l’information ou sciences connexes (ou une maîtrise/master en cours) ou au moins un baccalauréat/licence en sciences de l’information ou sciences connexes.

Les tarifs de l’université de Montréal pour les étudiant(e)s libres pour un cours de 3 crédits sont de (non-contractuel) :

  • Résidents du Québec et Français : 277,19 CAD, soit environ 175 €
  • Canadiens hors-Québec : 426,48 CAD
  • Autres : 1288,97 CAD

Actualisation des tarifs, voir ici.

Le cours sera contingenté, car il est difficile de gérer un trop grand effectif à distance. Mais si vous êtes intéressé(e)s, vous pouvez envoyer une lettre de motivation accompagnée d’une preuve de diplôme à Maria Konida (prénom.nom at umontreal.ca). Il faut évidemment aussi disposer facilement et régulièrement d’une connexion et d’un équipement de base pour l’accès à internet et le travail bureautique. La sélection se fera dans l’ordre de l’arrivée des demandes retenues. Les candidat(e)s retenu(e)s recevront toutes les informations utiles pour leur inscription officielle.

Au plaisir de débattre avec vous,

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Éco-doc : révision séquence 8

dim, 06/08/2008 - 18:12

Poursuite des réflexions sur le cours sur l'économie du document, prévu à l'automne à distance (Plan et explications ici), avec la huitième séquence.

Cette séquence est consacrée à la « redocumentarisation ». On peut la mettre en parallèle avec la troisième séquence sur les modèles industriels (ici), illustrée dans les cinquième, sixième et septième séquences. Tout comme celles-là, elle propose une interprétation à partir de l'apport des sciences de l'information, elle sera aussi illustrée par des exemples dans la séquence suivante.

Si la réflexion était vraiment aboutie, je dirais que celle-ci fait plutôt appel à une autre racine de ces sciences : la dynamique des modèles industriels de la troisième séquence a été éclairée par l'introduction du modèle bibliothéconomique dans le raisonnement ; la redocumentarisation s'intéresse à la production du document lui-même et à son cycle de vie, c'est alors plutôt l'archivistique qui devrait intervenir. Les deux familles ont des perspectives différentes, mais elles sont également concernées par le numérique, mieux le numérique déplace, parfois efface, les frontières entre l'une et l'autre. Mais l'archivistique n'a pas encore vraiment, à ma connaissance, pris de front la problématique du numérique alors même qu'elle dispose d'outils pour l'éclairer (pour ceux qui en douteraient encore voir ici).

Les modèles industriels précédents représentaient la tentative de rentabiliser de façon autonome l'activité du Web à partir d'un développement des modèles traditionnels des industries de la culture. La redocumentarisation prend en compte la transformation de l'objet même qui est produit et échangé : le document. Il s'agit alors de relire avec une entrée documentaire les thèmes qui agitent les acteurs et analystes du Web. L'intérêt de cette approche est double. D'abord, elle fournit une interprétation des mouvements en cours et ceci aussi bien sur la longue durée que dans les constants développements de l'actualité. Ensuite, elle place les problématiques documentaires au centre de l'explication ce qui n'est que justice.

Cette séquence n'est pas la plus facile à développer, car elle s'appuie sur une théorie en cours de construction. Mais, arrivés aux 2/3 du cours, les étudiants ont maintenant une plus grande familiarité avec son objet et il est possible de suggérer des pistes sans prétendre proposer des réponses à toutes les questions. Elle s'appuie beaucoup sur les travaux réalisés dans le RTP-DOC, et tout particulièrement sur les premier et troisième textes de Roger (ici et ), mais aussi sur les réflexions développées depuis notamment dans l'écriture de ce blogue. Enfin, elle a l'avantage de disposer de très nombreuses illustrations et documents pédagogiques construits et disponibles sur la toile. Parmi ceux-là, la très célèbre vidéo de M. Wesch () me servira d'introduction et de conclusion pour vérifier que les notions ont bien été assimilées.

Pour résumer l'intrigue, il me suffit de reprendre ce court texte rédigé à la demande de Michèle de Battisti pour l'Oeil de l'ADBS du mois de mai (ici, réservé aux adhérents) :

Documentariser, c'est traiter, matériellement et intellectuellement, un document comme le font traditionnellement les professionnels de la documentation : le cataloguer, l'indexer, le résumer, le découper, éventuellement le renforcer, etc. L'objectif de la documentarisation est d'optimiser l'usage du document en permettant un meilleur accès à son contenu et une meilleure mise en contexte.

Le numérique implique une re-documentarisation. Dans un premier temps, il s'agit de traiter à nouveau des documents traditionnels qui ont été transposés sur un support numérique en utilisant les fonctionnalités de ce dernier. Mais bien des unités documentaires du Web ne ressemblent plus que de très loin aux documents traditionnels. La stabilité s'estompe et la redocumentarisation prend alors une tout autre dimension. Il s'agit d'apporter toutes les métadonnées indispensables à la reconstruction à la volée de documents et toute la traçabilité de son cycle. Les documents traditionnels, dans leur transposition numérique, acquièrent la plasticité des documents nativement numérique, qui eux-mêmes, par la facilité de leur production, témoignent des moindres activités humaines.

Cette nouvelle forme de documentarisation reflète ou tente de refléter une organisation post-moderne de notre rapport au monde, repérable aussi bien dans les sphères privée, collective et publique, qui se superposent de plus en plus. Comme à d’autres moments de l’Histoire, le document accompagne les mutations sociales, mais il s’est transformé au point que l’on peut se demander s’il s’agit encore de la même entité. Pourquoi alors reprendre le même terme, en ajoutant juste le préfixe re-, s'il s'agit d'un changement de paradigme ? En réalité, s'il y a bien une rupture, celle-ci est dans une continuité historique qu'il est d'autant plus important de souligner que les professions de la documentation devraient plus y faire valoir leur place. Maîtriser son ordre documentaire est pour une société une des conditions pour rester civilisée.

Séquence 8 : La redocumentarisation

Objectif général

À la fin de la séquence l'étudiant(e) devrait connaitre :

  1. La définition de la redocumentarisation.
  2. Son placement dans l'histoire et ses conséquences sur la notion de document.
  3. Les principaux décadrages qu'elle entraîne.

Objectif spécifique

À la fin de la séquence l'étudiant(e) devrait être capable de :

  1. Repérer des processus de redocumentarisation.
  2. En interpréter quelques enjeux.

Contenu de la séquence (base à réviser)

  • Histoire et définitions
    • Rappel des quatre âges de l'imprimé
    • De l'analogique au numérique
    • L'âge des fichiers et des (méta)données
    • Documentarisations et modernités
  • La recherche et les développements sur trois fronts
    • Forme (numérisation, systèmes de lecture, ergonomie.. XML ?)
    • Texte (traitement du texte, ontologies.. Web sémantique ?)
    • Médium (bibliothèque numérique, blogue, réseaux sociaux.. Web 2.0 ?)
    • Les potentialités de l'archivistique
  • Décadrages
    • Le privé publicisé
    • Le collectif éclaté
    • L'espace public redistribué

Évaluation

Quelques questions posées sur l'animation de Welsch.

Bibliographie (à venir)

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Les raccourcis de l'histoire du document

dim, 06/01/2008 - 10:00

Découvert grâce à Alain Pierrot qui le commente (ici), cet article du célèbre historien du livre R. Darnton mérite lecture et réflexion, à cause d'abord de la limpidité habituelle de la prose et du raisonnement de l'auteur, qui en fait une référence pour les étudiants comme pour les érudits, et aussi pour la thèse qu'il défend que je discuterai brièvement.

Robert Darnton, “The Library in the New Age,” The New York Review of Books 55, no. 10 (Juin 12, 2008), .

Ironiquement, l'article, dont on verra que les références remontent très loin dans le temps, est accessible avant sa parution le 12 juin prochain, ce qui est déjà un signe : le passé est peut-être en avance sur l'avenir ;-), en vérité l'historien se sert des leçons du passé pour tenter d'éclairer nos décisions à venir. Malgré la qualité de son propos, je ne suis pas sûr qu'il le fasse toujours à bon escient.

Commençons par citer la chronologie qu'il propose en introduction (trad JMS) :

En simplifiant largement, on pourrait dire qu'il y a eu quatre changements fondamentaux dans les technologies de l'information depuis que les hommes ont appris à parler :

Quelque part vers 4000 avant JC, les hommes ont appris à écrire. Les hiéroglyphes égyptiens remontent à environ 3200 avant JC, l'écriture alphabétique à 1000 avant JC. Si l'on suit les chercheurs comme J. Goody, l'invention de l'écriture fut la plus importante rupture de l'histoire de l'humanité. Elle a transformé la relation des hommes à leur passé et a ouvert la voie à l'émergence du livre comme une force dans l'histoire.

L'histoire du livre conduit à une seconde étape quand le codex a remplacé le rouleau peu après le début de l'ère chrétienne. (..) Cela a transformé l'expérience de lecture : la page est devenue l'unité de perception, et les lecteurs ont pu feuilleter un texte bien construit, qui pouvait inclure des mots différenciés (c'est à dire séparés par des espaces), des paragraphes et des chapitres, tout cela avec une table des matières, des index et d'autres aides à la lecture.

Le codex a été transformé à son tour par l'invention de l'imprimerie à caractères mobiles vers 1450. (..) La technologie de l'impression n'a pas changé pendant près de quatre siècles, mais le cercle des lecteurs s'est considérablement élargi grâce aux progrès de l'alphabétisation, de l'éducation et l'accès au monde de l'imprimé. Les prospectus et journaux, tirés sur des presses à vapeur et sur du papier issu de la pulpe de bois plutôt que des chiffons, ont accru le processus de démocratisation jusqu'à ouvrir le lectorat à un public de masse dans la seconde moitié du dix-neuvième siècle.

Le quatrième changement, la communication électronique, c'était hier, ou la veille selon la façon dont vous le mesurez. L'internet date de 1974, au moins comme nom. (..)

Enchainé de cette façon, le rythme du changement coupe le souffle : de l'écriture au codex, 4.300 ans ; du codex aux caractères mobiles, 1150 ans ; des caractères mobiles à internet, 524 ans ; d'internet aux moteurs, 19 ans ; des moteurs à l'algorithme de Google pour un classement pertinent, 7 ans ; et qui sait ce qui nous attend demain et est peut-être déjà dans les tuyaux ?

On peut faire un rapprochement entre cette chronologie et celle des quatre âges de l'imprimé (ici), en remarquant néanmoins que R. Darnton ne différencie pas l'âge de la presse de celui de la paperasse, contrairement à A. Marshall. Cette différence n'est pas anodine. En effet, les machines légères à imprimer ont sorti l'imprimé d'une production industrielle pour l'entrer dans notre quotidien, d'abord professionnel puis domestique, et cela modifie sensiblement la pertinence de la suite de l'article de R. Darnton.

Dans celle-ci, l'auteur fait d'abord remarquer que l'information n'a jamais été stable et que son inscription sur des artefacts, soumise à de nombreuses contraintes, matérielles, professionnelles et sociales, varie suivant les circonstances. Il prend pour cela avec beaucoup de verve notamment des exemples dans son expérience propre, comme journaliste ou comme historien du livre (en particulier sur les différentes versions de l'Encyclopédie dont il est un expert). Il relativise ainsi les discours communs sur l'instabilité de l'information sur le Web, allant jusqu'à inverser le propos. Puisque cette instabilité est maintenant clairement visible, nous pourrions mieux la gérer :

Au lieu de documents solidement fixés, nous devons jouer avec des textes multiples et instables. En les étudiant avec un esprit critique sur l'écran de notre ordinateur, nous pouvons apprendre à lire de façon plus pertinente notre journal quotidien, et même à apprécier les livres anciens. (trad JMS)

Mais cet argumentaire, séparant l'écriture réservée à quelques clercs de la lecture démocratisée, n'est pas vraiment pour moi convaincant. En sautant l'âge de la paperasse, l'auteur ne peut plus percevoir que l'imprimé s'est démocratisé aussi dans son écriture, avant même l'arrivée du micro-ordinateur.

Et alors, on peut renverser son raisonnement : sans doute l'information n'a jamais été stable dans l'histoire, mais sa fixation sur des documents peu nombreux et industriellement reproductibles en avait stabilisé des versions, à tort ou à raison socialement admises comme référence parce que diffusées à l'identique ; la diffusion d'un très grand nombre d'informations sur des fichiers mémorisés et donc fixés quoiqu'on en dise, déstabilise notre relation au document. C'est faire preuve d'optimisme de croire que nous en tirons un plus grand esprit critique, on pourrait tout aussi bien dire qu'il en découle une plus grande confusion.

R. Darnton conclut son article par une vibrante défense des bibliothèques de recherche, qui était, comme le titre l'indique, son objectif premier. Je ne reprendrai pas ses huit arguments, qui d'ailleurs n'en prennent que plus de poids depuis l'annonce de l'abandon par Microsoft de son programme de numérisation de livres. Sans doute l'auteur a raison d'insister sur l'importance de leur rôle traditionnel, fondamental même dans un environnement numérique.. mais doit-on s'en tenir simplement à ce rôle quand justement le rapport au document a changé ? je n'ai pas vraiment de réponse à cette question. L'auteur nous exhorte à ne pas les penser comme des entrepôts ou des musées, mais j'ai peur que son raisonnement nous y conduise tout droit.

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